#LaVieEstBelgeEtTurqueEtLibanaiseEtFrançaise
J'ai été super bien entourée pendant ce mois infini... Et la musique découverte (radiophoniquement ou sur YouTube) a permis de faire passer ces moments pas faciles. En tête du hit parade les marocains, Ahmed Chawki et Saad Lamjarred... ;)
Surtout Tsunami, même si je n'approuve pas le titre. Les rythmes et le clip me poussent à vous le faire découvrir! Jame3 lfna à Marrakech privatisé, l'hélicoptère, les chevaux, les choré... C'est du surréalisme absolu. À ne pas louper!
Ahmed Chawki - Tsunami
Ça aura été un long mois, celui de mars 2016. D'abord, il y a eu une série de démissions qui rendaient la date du 24 mars presque fatidique pour la petite antenne de Bruxelles que nous constituions jusqu'à lors. C'est la première importante désertion à laquelle j'assiste au premier rang en spectatrice effarée et impuissante. À mon avis, elle est due en grande partie à un management inacceptable et en petite partie aux conditions éreintantes de la vie de consultant (longs horaires obligatoires, salaires bas, forte taxation de salaires moyens, attentes déraisonnables, temps de vacances non respecté). C'est très instructif de voir "remerciés" aussi sèchement (voire pas du tout) 1,5 an de bons et loyaux services. J'arriverai presque à croire que le travail d'équipe et le dévouement n'ont finalement pas de valeur, de haut en bas.
¡ Hasta la remuneración !
Ensuite, il y a eu cette double (ou triple) attaque à Bruxelles, mardi 22 mars 2016. Il y avait aussi celle d'Ankara quelques semaines plus tôt. L'entreprise a un bureau à Ankara et un à Bruxelles. Force est de constater que les réactions internes ont été très différentes, lors des deux attaques. Le dispositif mis en place pour notre petit bureau bruxellois: les messages d'innombrables collègues, les messages de soutien, les hugs virtuels auraient pu certainement mettre du baume au cœur des collègues qui essuyaient leur quatrième attentat depuis le début de l'année. La banalisation de la mort de certains est intolérable. Je fais partie des collègues qui n'ont pas cherché après mes pairs turcs, sous prétexte que quelqu'un d'autre s'en était chargé en mon nom. Pour avoir reçu un nombre incroyable de soutien de partout, et en premier lieu de Turquie, on ne m'y reprendra plus. À nous deux, attentats. Puisque vous êtes là pour rester, je vous garantis que vous n'arriverez pas à retirer l'humaine en moi.
Fort heureusement, j'étais loin de l'aéroport de Zaventem et de la station de métro Maelbeek. Vingt minutes avant 9h, je sortais en gazouillant du métro Arts-Loi et en rassurant frénétiquement mes amies libanaises, déjà au fait de la première attaque de l'aéroport et surtout bien rodées aux attentats terroristes. Je m'installe donc à mon poste à 8h42 (12 minutes de retard me crie ma conscience professionnelle!).
Une demi-heure après, un de nos experts importants arrive tout empoussiéré. C'est un grand allemand, d'origine serbe et domicilié à Istanbul, - Aleks -, costaud, d'au moins 1,9m, aux cheveux grisonnants et aux yeux bleus brillants. Il arrive en disant: "I was just there." Dans ses yeux perlent des petites larmes. Il continue: "J'aurais pu être dans ce métro... Et j'ai aidé à sortir les morts et les blessés. Le quartier est bouclé, c'était galère d'arriver jusqu'ici." Lire la terreur et la confusion dans ces yeux, d'habitude rieurs et sereins, a eu l'effet d'une bombe. Il continue: "j'ai ramené une fille avec moi, elle est dans la salle de conférence, elle est tétanisée." Ni une, ni deux, je me retrouve plantée devant une jeune femme turque, d'une trentaine d'années (tout au plus), encore sous le choc. Je lui apporte ce que je peux pour redonner de la couleur à son visage: de l'eau, une banane, un sourire et le téléphone fixe pour qu'elle puisse appeler son ambassade. Quelques longues minutes après, Aleks et l'anonyme partent pour l'ambassade. Et je reste au milieu d'une réunion surréaliste sur la suite de nos activités quotidiennes de consultants et des dizaines de messages d'amis à rassurer.
Mars est bien le dieu romain de la guerre et la date de ma rencontre nez à nez avec la terreur. Et je ne suis pas prête de l'oublier.
Florent Amany, à voir!
Joyeuses Pâques à tous, de mon Alsace profonde, où je me suis retranchée pour mieux recommencer, tout pareil au mois d'avril. Bring it, I'm ready!
À bientôt, les copinoux.