Surprise!
Armen Hovhannisyan - Karmir Nur
Ces derniers temps, je me suis enfin remise au chant. Vous avez bien lu. J'ai trouvé une chorale, "la" chorale. Une chorale laïque, engagée, en arabe, pour femmes (mais pas exclusivement). Ça existe, si, si. Du coup, on se retrouve tous les mardis soirs, dans une sorte de local pour la vie associative, de l'autre côté de la ville qui s'appelle la Boutique Culturelle. Dans un quartier où les quelques mots réminiscents "iyi akşamlar", "teşekkür ederim" me servent bien souvent. Retour sur la chorale: c'est un petit groupe dynamique, pas nécessairement arabophone (translittération à l'appui), féministe, amateur. Cela fait maintenant 6 mois que j'y vais et j'ai l'impression que c'est la cour de récré, où l'on se retrouve, toutes classes sociales confondues, eurobubble et quartiers populaires, marginales et conformistes, voilées et athées, pour partager. Partager quelques notes de musique, un peu de thé, des pâtisseries, des blagues et des bonnes (et moins bonnes) nouvelles. Cette chorale me montre la face cachée de Bruxelles. Cette ville aux activistes de toutes les causes, même les plus "pointues".
J'ai aussi signé mon premier CDI et j'ai rejoint un bureau de 3 personnes (dont 2 ont maintenant démissioné). Et la vie m'a fait une surprise bizarre, de celles vraiment inattendues. J'avais rencontré un garçon il y a de cela quelques années, avec qui le courant passe bien. Il vient de contrées fort lointaines, et parle aussi l'arabe. On ne se voit pour ainsi dire jamais. Nos chemins se sont croisés par trois fois, en tout. Il s'avère que nous sommes maintenant collègues... Et on s'entend toujours comme peas in the pod. La vie est étrange. Quand on s'y attend le moins, elle rapporte des gens qui n'avaient eu jusque là qu'un demi-rôle, alors qu'inconsciemment ceux-ci avaient déjà une plus grande place que ce que l'on veut admettre.
Un aventureux bonhomme, international, basané, coloré, avec une constellation de petits grains de beauté au coin de l'oeil droit déboulait dans ma vie en février 2011. Il représentait tout ce qu'à l'époque je n'étais pas encore et ce que j'aspirais à devenir. En plus rock que je ne le serai certainement jamais. Il respirait l'acceptation de sa double appartenance Est-Ouest d'une façon qui ne me laissait pas indifférente. Rien de cette rencontre n'était le fruit du hasard: ni le lieu, ni la personne qui nous a présenté, ni même la raison. J'ai d'ailleurs longtemps pensé que cette rencontre a été la gâchette qui a déclenché une partie des choix importants qui avaient suivi. Et puis il y avait ce sentiment étrange de savoir que cette personne pouvait/allait jouer un rôle futur dans ma vie. Une curieuse proximité a émané instantanément et intensément de cette brève rencontre. Bien sûr, les circonstances ne sieyaient pas à de promptes retrouvailles. Mais elles arrivèrent, un an après.
Vous avez peut-être entendu parler de lui comme celui qui m'a jeté une sorte de sort à propos de la personne qui partagerait ma vie. Installés dans un sympathique café londonien, en février 2012, sirottant une boisson chaude pour me réchauffer de l'extérieur qui neigeait à gros flocons, je me suis laissée entendre que "je finirais bien par rencontrer un libanais qui me ressemblerait, ça doit pas être si dur que ça à dénicher". A l'époque j'avais pris cette phrase pour un manque d'intérêt et surtout comme un défi. Comme si j'étais incapable d'aimer quelqu'un de différent. Et celà a meurtri mon égo, étant donné le modèle inconscient qu'il était pour moi. J'ai fini par rechercher et même cultiver la différence dans ma vie amoureuse, l'amour-anthropologique, pour lui donner tort et l'empêcher de téléguider ma vie amoureuse.
Quatre ans plus tard, cette même personne va être instrumentale dans une des phases les plus difficiles de ma vie. Celle de tenir le rythme dans un emploi où le record de longévité à la tâche est de 18 mois et la durée de contrat moyen 8 mois. Ca n'est certainement pas facile tous les jours. Il y a des hauts et des bas. Des crevasses et des abysses. Des monts et des vallées. Mais j'ai fêté mon premier trimestre, non sans fierté...