Drama-Queen
Le Jour
où Nina Simone a cessé de chanter - Monologue de Darina al-Joundi
Cette pièce est passée à Menton, il y a de celà 3 ans maintenant, et je n'y avais pas été, pour une raison qui me dépasse.
Ceci est chose faite. 3 ans plus tard. Pendant la Semaine arabe de l'ENS, dans ce lieu authentique et peut-être un petit peu pompeux, juste ce qu'il faut pour l'apprécier. C'est un petit théàtre, 70-80 places, tout au plus. Et pourtant, on arrive à deux, pour retrouver 4 autres visages connus, la 3assabiya. C'est fou, je ne sais pas si je m'y ferais un jour.
Donc avant la pièce, les spectateurs s'installent en riant, rattrapant le temps qui est passé, yalla bze2iyon. L'actrice est là, un peu en retrait assise sur la scène, elle a un immense sourire et une ample robe rouge. Et puis, à des moments elle salue quelques membres du public qu'elle reconnait. Une petite fille au spectacle de fin d'année qui reconnait ses parents au milieu de visages inconnus.
Cette pièce est éprouvante. Non, je ne veux pas tout entendre. Non, je ne peux pas tout comprendre. Alors je ferme les yeux et je me laisse porter par la musique.
'Je suis sûre que les gens qui ont vécu la guerre en rêvent encore.' 'La guerre a ses lumières, ses bruits, ses ombres.' 'Les rats sont comme des chevaux.' 'Les chiens ont été exterminés pour avoir mangé trop de libanais.' 'Je me suis mise à fréquenter les militiens.'
Un va-et-vient sur la ligne de démarcation Est-Ouest, barrages, Damas, Bagdad, Salamieh, Nicosie. On voyage, de prison en prison. Cet universalisme arabe réduit à un numéro de cellule, la 5. ١، ٢، ٣، ٤، ٥
L'actrice dresse un tableau de guerre, cette guerre qui traumatise en silence. Qui se transforme en imaginaire. Et qui est léguée aux générations d'après. Le confessionalisme, la religion, la peur du noir, les apparences. Garder la face. Ne pas sombrer. Ne pas devenir fou.
La violence n'est pas seulement dans la rue, elle est partout, dans les couples, dans les relations en famille, dans le rapport avec son propre corps. La roulette russe, la coke, le viol.On veut se faire du mal, se détruire avant d'être détruit.
Il y a beaucoup de portraits dans cette pièce. Cette voisine qui va faire ses courses sous les bombes mais qui hurle à la mort quand elle voit un cafard. Ce photographe de guerre passionné par l'horreur en images. Ce père présent par téléphone, cette grande inconnue, ce point d'interrogation.
Un portrait par dessus tout. Le portrait d'une femme éprise de liberté dans un monde où c'est un fruit interdit. Le portrait d'une femme folle de liberté.
Cette pièce perturbe. Pourquoi joue-t-elle en Occident?, demandent certains. Ça ne peut pas être sa vie à elle seulement, ça parait gros, quand même... répliquent certains autres, sceptiques. Quelques uns demeurent cois face à ce spectacle qui les a cloué au fauteuil les larmes aux yeux.
Je ne comprends toujours pas.