June? Juuuune? Where did June go?
C'était donc ça le trilinguisme, si cher à mes parents? Cette capacité parfaite de jongler entre trois langues avec une agilité sans limite. J'y suis pas encore, je vous rassure. Mais, j'en suis au stade où je peux assister à une conférence multilatérale, et ce sans oreillettes. Ce qui n'est pas pour me déplaire.
Pouvoir s'exprimer dans plusieurs langues est une bénédiction. Tout à coup, on se met à comprendre plus que simplement les phrases, on comprend le sarcasme, les blagues, les tournures d'esprit, l'ironie... Et c'est à ce moment-là qu'on finit par adopter la langue. Que celle-ci devient une partie intégrante de soi. Une skill.
Un portrait pour ce mois. Personnage fard de mon été.
Youssef. Libanais. Trilingue, bien entendu. Il a travaillé derrière un bureau pendant une dizaine d'années de sa vie pour une boîte de pub où tout allait beaucoup trop vite, selon lui. A 31 ans, il a décidé de tout plaquer pour conduire un taxi. Il fallait qu'il voit la lumière du jour... Cela fait maintenant quelques mois qu'il sillonne les routes de Beyrouth. (Enfin pas tout Beyrouth, faut pas pousser, et pas tout le temps non plus, parce qu' "[il n'est] pas un Casque Bleu de l'ONU!") Mais il échoue, là où sa centrale de taxi voudra bien le mener. Et très souvent, c'est devant chez moi. "A l'aube", 8h00, et en milieu d'après-midi, et puis plus tard dans la nuit, aussi. Il prend toujours les mêmes routes et évite soigneusement de conduire derrière les autobus (bawaset). C'est un personnage attachant, un fils unique, doté d'une mère-poule, un peu peureux, mais qui peut s'avérer un peu aventureux à certaines heures et sous certaines conditions, surtout si "la vie" de jeunes jouvencelles est en jeu. Musicalement, il écoute soit Fairouz, soit Radio One surtout l'émission de Gavin Ford, le matin. Pas de compromis possible. Bon, il a aussi un CD de rock, c'est à la tête du client (Huntington, tout ça). Surtout pas de musique arabe contemporaine: Nawal al-Zoghbi, Nancy Ajram, Elissa, "tu oublies". C'est quelqu'un de généreux, patient, honnête et sarcastique. Avec qui, du coup, j'ai grandement sympathisé et à qui j'ai presenté la quasi-totalité de mon réseau beyrouthin, par accident. Et il finit, lui aussi, par servir de bousta, sans même y faire attention. La politique l'intéresse sans plus, il ne croit pas que la politique peut avoir un réel impact sur la vie des gens et trouve que le Ministre de l'Energie passe bien plus de temps à l'étranger (en particulier à Rio) qu'au Liban, alors qu' "il y a déja tant à faire à l'intérieur de nos frontières". Une fois chez lui, il regarde les news pour savoir quels quartiers sont à éviter s'il veut sortir. Il aime dormir mais n'en a pas le temps, bosse le week-end, fume trop et reste quelqu'un de convivial avec qui il est bon de parler de tout, de rien, mais surtout de tout.
Youssef est un des personnages mythiques de cet été, tout aussi mythique. Chaque personne que je rencontre ici a des facettes qui me surprennent et souvent me poussent dans mes retranchements, au moins au début. Le temps de me familiariser, ensuite "le jour est touré", pour rendre hommage à ma Maman préférée. Que ce soit mon moniteur de conduite qui a des méthodes douteuses: "En gros, je vais te lâcher au milieu des voitures, on va voir comment tu réagis..." Le vieux dévôt dans la rue à Tripoli. Mon équipe au boulot qui a à peu près rien d'une vraie équipe, à ceci près qu'ils travaillent sur le même étage dans des bureaux mitoyens. Rabih, le serveur de la Cafet, originaire des Fermes de Chab'a ("Ne7na l2ossa kella") Ou encore les stagiaires nord-américains du 4e étage...
Oh, et puis bien sûr, après 16h, il y a l'autre vie qui commence. Une bonne sieste, et un jour neuf s'ouvre à moi. Entre 18h et 1h du matin, c'est tout Beyrouth que je sonde, tate, palpe, essaye, m'approprie. Ville bizarre, architecture désaccordée, jardin public fermé au-dit public car ce dernier ne sait se tenir, visite du musée un lundi: mauvais plan... Ces immeubles où les milliers de câbles electriques font un méli-melo pas possible. Ces effluves d'égoûts devant le Forum de Beyrouth. Cette chaleur rassérénante... Et ces gens, ces amis, cette famille. Une vraie bénédiction, je ne vois que ça.
Lors de mes web-pérégrinations, je suis tombée sur un joyau de la photo... Il m'a fait voir Beyrouth d'une toute autre façon, comme je la vois tous les jours, sans jamais y faire attention. Un artiste derrière son objectif. Un inconnu qui m'a transmis quelque chose, simplement par les images.
Un avant-goût, si l'envie vous prendrait de venir me rejoindre...
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L’artiste s’appelle George Haddad, et les photos ont été capturées en toute illégalité sur ce site. Je ne sais si par ce fait je rétablis les droits d’auteur mais c’est bien mon intention.
Le mois de juin a aussi brillé pour une toute autre raison. J’ai invité trois personnes que je tiens en très haute estime dans mon coin de Paradis personnel. Ce village de mes ancêtres est un lieu qui m’a accueilli chaleureusement 2 mois par an depuis mes 4 ans… Le partager avec des yeux étrangers et différents de ceux de d’habitude m’a donné de la perspective pour apprécier encore d’avantage (si possible !) cette terre des Awtels. Au milieu de tous ces hispanophiles d’un samedi de Coupe d’Europe, ces amies se sont fondues dans le décor avec une aisance et une agilité qui m’ont impressionnée.
Cet été s’avère encore plus surprenant et plein de défis…
L’AMM vous embrasse chaleureusement du cœur de la Jordanie… Cette aventure sera relatée plus tard, c’est promis.